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Pourquoi l’amiante est-il toujours utilisé aujourd’hui ?

Dans cet article, nous évoquons les raisons pour lesquelles l’amiante est toujours utilisé aujourd’hui dans certains pays du monde. Nous nous intéressons aussi aux mesures politiques qui encadrent cet usage. Lisez-nous pour en apprendre davantage !

Dans quels pays l’amiante est-il encore en production aujourd’hui ?

Selon les données rassemblées par Statista, le premier producteur d’amiante au monde est la Russie ; en effet, le pays a extrait environ 790 millions de tonnes de ce minéral en 2020. D’autre part, les plus grandes mines d’amiante se trouvent à Asbest, à environ 1500 km au nord de Moscou.

Le Kazakhstan, avec une exploitation minière de 200 000 tonnes d’amiante, se classe ainsi comme le deuxième producteur d’amiante à échelle mondiale. La troisième position de ce triste classement est, elle, occupée par la Chine, avec 100 000 tonnes produites chaque année.

 

La Russie est le premier producteur d'amiante mondial.

 

Mais… N’est-il pas interdit d’utiliser de l’amiante et de fabriquer des produits qui en contiennent ?

Pas dans tous les pays !

Aujourd’hui, l’amiante est interdit dans plus de 50 pays, dont le Japon, l’Australie, ou encore tous les pays membres de l’Union Européenne. L’Islande a été le premier pays a interdire l’importation d’amiante en 1983, suivie de près par la Suède qui a pris les mêmes mesures quelques années plus tard. L’Allemagne, quant à elle, a banni tout usage de l’amiante en 1992, et la France en a fait de même en 1997.

En revanche, dans certains pays, l’amiante est encore utilisé à ce jour, à l’instar de la Russie et de beaucoup de pays asiatiques. Ce minéral dangereux est également encore en circulation aux États-Unis, bien qu’en moindres quantités.

Qu’en est-il des lois françaises sur l’interdiction de tout usage de l’amiante ?

Le gouvernement français a interdit l’usage de l’amiante à partir du 1er janvier 1997, suite à un rapport attestant qu’au moins 2000 personnes en France meurent chaque année de maladies découlant de l’exposition à ce minéral.

Depuis l’interdiction, plus aucun acte d’extraction et de traitement de l’amiante n’a lieu sur le sol français. Cependant, des matériaux contenant de l’amiante sont toujours utilisés (cloisons de séparation, portes coupe-feu, faux plafonds, tuyauteries, tuiles de toiture, etc) et représentent une grande variété de sources d’exposition. En 2007, l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) estimait qu’un à deux millions de travailleurs étaient potentiellement exposés à l’amiante lors d’opérations de réparation et de maintenance, dont 900 000 dans le secteur du bâtiment. Les professionnels les plus à même d’inhaler de la poussière d’amiante évoluent dans les secteurs suivants :

– Travaux publics
– Démolition et rénovation
– Travaux légers, opérations de réparation et de maintenance (plomberie, électricité, installation de climatiseurs, peinture, etc)
– Activités de traitement des déchets

D’une manière générale et selon les données récoltées par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), les concentrations de poussière d’amiante mesurées sur le lieu de travail sont bien plus élevées que celles mesurées dans d’autres contextes.

Dans quelle mesure l’amiante est-il encore utilisé à échelle internationale ?

Si l’amiante n’est plus utilisé dans la majeure partie de l’Occident, ce n’est pas le cas partout dans le monde. En effet, des pays tels que l’Inde ou la Chine fabriquent encore des produits contenant de l’amiante, ce qui nécessite l’extraction et le traitement de centaines de milliers de tonnes d’amiante chaque année. Difficile, donc, d’éviter que des produits contenant de l’amiante ne circulent dans les pays qui ont pourtant interdit tout usage de minéral… Par exemple, pas plus tard que l’an dernier, en 2021, diverses études et analyses ont montré la présence de ce minéral dans des jouets ainsi que des matériaux de construction importés en Australie. Et, malheureusement, il ne s’agit là que de la face visible de l’iceberg…

 

De l'amiante peut encore être retrouvé dans certains jouets.

 

Malheureusement, il est nécessaire de regarder la réalité en face : interdire l’usage de l’amiante au sein d’un pays n’empêche pas les produits qui contiennent ce minéral dangereux de toujours en traverser les frontières. Des milliers de tonnes d’amiante sont, aujourd’hui encore, présentes dans les bâtiments français, et ce en raison de l’usage massif qui a été fait de ce minéral au XXe siècle. En effet, la principale forme d’exposition à l’amiante consiste en l’inhalation de fibres circulant dans un air pollué.

Quels sont les risques sanitaires avérés découlant de l’exposition à l’amiante ?

L’amiante cause majoritairement des cancers. Si ces derniers touchent le plus fréquemment les poumons, les ovaires ou le larynx, ils peuvent aussi atteindre bien d’autres organes, notamment l’estomac et les intestins. Une fois inhalées, les fibres d’amiante restent dans l’organisme et peuvent provoquer des cas d’asbestose, une maladie inflammatoire progressive qui attaque les poumons.

Les experts de la santé sont formels ; il n’existe pas de seuil d’exposition à l’amiante qui soit sain. Cela signifie donc qu’aussi petite soit la quantité de fibres d’amiante inhalées, le risque de développer une maladie existe. D’autre part, il a été prouvé que suite à une exposition à l’amiante, le tabagisme est un facteur aggravant des risques de cancers du poumon. En 2007, l’Assemblée mondiale de la santé a appelé à ce que soient mises en place des campagnes à échelle internationale dans le bus d’éliminer les maladies causées par l’exposition à l’amiante ; l’Organisation mondiale de la santé recommande ainsi une interdiction mondiale, attestant que la chrysotile provoque de nombreux cas de cancers.

Combien de décès sont causés par l’exposition à l’amiante ?

L’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ 125 millions de personnes sont exposées à l’amiante au travail, et qu’au moins 107 000 personnes dans le monde meurent chaque année des suites de l’exposition aux fibres d’amiante sur leur lieu de travail. On estime que presque la moitié des décès causés par un cancer développé sur le lieu de travail est due à l’amiante.

De plus, un article publié en décembre 2016 dans la revue scientifique médicale The Lancet affirme que le nombre de décès causés par l’exposition à l’amiante au travail s’élevait à 180 225 en 2013. Le fardeau des maladies liées à l’amiante ne cesse de s’alourdir, et ce même dans les pays où l’usage de ce minéral a été interdit au début des années 1990.

Qu’en disent les pays et les entreprises qui, encore aujourd’hui, ont recours à l’usage de l’amiante ?

« Tout simplement » que la composition chimique de la chrysotile (ou amiante blanc) est différente de celle des amphiboles, et que le système immunitaire est en capacité de défendre les poumons ainsi que le reste de l’organisme des risques que pourrait représenter l’inhalation de chrysotile. L’International Chrysotile Association stipule d’autre part que les produits modernes contenant de l’amiante sont bien différents des produits contenant de l’amiante qui ont pu être conçus par le passé, et que l’exposition à la chrysotile, lorsqu’utilisée de manière sécurisée, est saine…

L’amiante finira-t-il par être interdit à échelle internationale ?

Une centaine de pays (dont chacun des pays membres de l’Union Européenne) ont déjà interdit l’usage de l’amiante, matériau classé dans la catégorie des « déchets dangereux » sous l’Annexe 1 de la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination, traité datant de 1995. Le 5 décembre 2019, l’amendement d’interdiction de Bâle est devenu une loi internationale. Adoptée en 1995 dans le cadre de la Convention de Bâle, cette loi interdit l’exportation d’amiante des pays membres de l’Union Européenne, de l’Organisation de coopération et de développement économiques et du Liechtenstein à tout autre pays.

En revanche, dans d’autres pays du monde tels par exemple que l’Inde, il est encore aujourd’hui fait un usage massif d’amiante friable dans le cadre de la fabrication de joints, vêtements, garnitures, produits isolants, freins et autres produits exportés, et ce sans que l’information ne soit clairement communiquée aux pays importateurs. Si l’usage d’amiante est encore si fréquent en Inde, c’est entre autres parce qu’il n’existe pas encore de véritables sanctions prononcées en cas de non respect de la réglementation.

Des efforts sont constamment faits afin de faire en sorte qu’au sein de la Convention, une majorité aux trois-quarts soit suffisante pour qu’un consensus puisse être reconnu. Ces efforts ont déjà porté leurs fruits dans de nombreux pays en développement. Restons donc optimistes et espérons que les choses continueront à aller dans ce sens, au moyen d’une pression politique permettant de faire en sorte que la situation dans certains pays se rapproche de celle que connaissent aujourd’hui la France ou d’autres pays européens !